Skip to main content

Eva Miranda

-

Titre

La géométrie de l’indécidable

Résumé

La nature peut-elle calculer ? En 1936, Alan Turing établit une frontière irréductible de la pensée : l’indécidabilité du problème de l’arrêt. Mais cette limite, formulée en logique, pourrait-elle aussi s’inscrire dans les lois de la physique ?

La théorie moderne des systèmes dynamiques, façonnée par Stephen Smale, a donné une forme au chaos. Le fer à cheval en est devenu l’archétype : une structure simple, répétée à l’infini, où les trajectoires s’entrelacent et se codent en une dynamique symbolique. Des billards à la mécanique céleste, cette géométrie du chaos irrigue les systèmes classiques — un désordre subtil, mais encore descriptible.

Mais que se passe-t-il lorsque la dynamique ne se contente plus de symboliser — lorsqu’elle commence à calculer ?
Du chaos classique au chaos logique, un seuil est franchi.

Je montrerai que les équations des fluides — celles d’Euler et de Navier–Stokes — réalisent le calcul universel. À travers la géométrie de contact et cosymplectique, nous construisons des flots qui implémentent des décalages généralisés, faisant émerger des machines de Turing au cœur même de la dynamique. Les trajectoires n’y décrivent plus seulement un système : elles exécutent des calculs.

Il en résulte l’existence de trajectoires intrinsèquement indécidables : aucune procédure algorithmique ne peut en prédire le comportement à long terme.

Ce passage du chaos classique au chaos logique esquisse une nouvelle géométrie — celle de l’indécidable. Il révèle des limites fondamentales de la prédictibilité, non seulement dans les équations, mais dans la nature même du mouvement.

Il conduit enfin à une question profonde : dans les systèmes célestes, où le chaos est déjà présent, ces systèmes peuvent-ils exhiber des trajectoires indécidables ?
Le problème des trois corps est-il, lui aussi, fondamentalement indécidable ?

Institution

UPC Barcelone

Salle

Amphi Chabauty